Dix sculptures en béton du duo ont été installées dans le jardin du musée Rodin. Leurs sujets sont manifestes de la volonté des deux artistes de se situer à la frontière entre intemporalité et conjoncturel tout en s’inscrivant dans une tradition monumentale héritée de la sculpture du xix.

Non loin du Penseur a été posé une masse, Sans Titre, couchée, moitié gravas, moitié moulage. Le morceaux semble avoir été abandonné, comme laissé en cours de route par les artistes. On y devine, émergeant du bloc, un gros orteil et une jambe de proportion réduite, réminiscences du goût de Rodin pour les résidus d’atelier autant que pour les fragments d’antiques qu’il aimait à disperser au milieu des arbres et des rosiers peu entretenus du parc.

Au bout d’une allée de tilleuls, un Buste habillé d’un pull à grosses côtes se tient droit, le cou dressé depuis l’encolure en V, l’air bravache. Mais l’expression s’arrête là, l’homme n’a ni mains ni tête.

Sous les marronniers deux groupes d’hommes musclés, Le Sport et Les Fantômes, forment une étrange chorégraphie. Leurs biceps bandés, crânes rasés, ils occupent l’espace à la manière de gardiens, terrifiants et immobiles, Atlas portant d’invisibles poids, complètement absorbés par leur concentration au point de se fondre presque totalement dans le temps et l’Histoire au détriment du contexte et de l’espace.

Non loin un lièvre – nommé L’Idée – fait la boule. Terré sur son socle comme s’il voulait se cacher des enjeux quelque peu extravaguant que font éclore les deux précédentes sculptures dans l’esprit des visiteurs.

De retour dans la cour d’honneur, une paire de jambes nues chaussées de baskets, trois paires de jambes accolées à la queue-leu-leu et un Pied monumental forment une ronde silencieuse, une procession incantatoire où bruissent les sculpteurs anonymes d’Égypte et de la Rome antique aux côtés de Bourdelle, Maillol et bien évidemment, Rodin.