L’exposition de Michaël Roy à la Galerie Alain Gutharc aurait pu être un énième film sur la jeunesse occidentale délaissée de ses rêves et embourbée dans ses conquêtes et sa liberté.

Cela commence ainsi ; il n’y a qu’à se baisser pour récolter les témoignages et les rebus de cette histoire, l’artiste n’a pas eu à tendre la main bien loin. Internet a fourni les images pour les peintures, la culture visuelle en a donné le cadre et la narration. Ce sont des scènes de la vie quotidienne. Elles pourraient avoir été réalisées en regardant une série télévisée. Il y a cette tête enfantine à l’arrêt : dans ses yeux écarquillés s’engouffre le souvenir vide de la tendre enfance, puis un lit défait, sous les persiennes d’une fenêtre sans lumière, un homme nu, coiffé d’une casquette. La matière de ces peintures est en vernis à ongles. Les couleurs sont iridescentes et épaisses, elles bavent un peu et ne semblent pas avoir été aisées à appliquer.

Au plafond des lettres mordorées stagnent et forment ensemble le mot Eden. Ce sont peut-être les restes d’une soirée à l’hélium. Les peintures que l’on découvre plus loin dans le parcours de la galerie confirment cette idée. On y voit entre autres, des fêtes, des jeux idiots, un cendrier bien garni. Évidemment il fallait en passer par là. L’affiche du film a aussi trouvée sa matrice, ses couleurs légèrement rétro évoqueront un coucher de soleil.

Trois poèmes intitulés Remember, et dont les lettres ont été dessinées au crayon sur de très grandes feuilles, racontent l’histoire de cette jeunesse qui a pris de l’âge. Ils prennent aux tripes ; presque impossible de ne pas y voir le reflet du lambeau d’adolescence que l’on continue à trainer derrière soi bien des années après en avoir quitté l’époque et qui a la particularité d’être éminemment intime tout en étant absolument banale et partagé. Mais les mots aussi ont été empruntés. La désillusion du sujet, son vague à l’âme partout étalé, s’est muée en celui de l’artiste. Il n’y a pas de film, mais où que le regard nous porte, se trouve la réalité.