L’exposition Grey Matter à la galerie laurent mueller a des allures de présentations. Une rencontre un brin formelle et à la fois parfaitement bienveillante. Sont mis en présence les concrétions de Laurence De Leersnyder, brutes et fardées de plâtre, et les portraits balafrés à la pierre noire de Sebastian Gögel dans un accrochage réalisé de telle manière que l’on a l’impression que le dialogue n’a pas encore pris ; les œuvres occupent l’espace stratégiquement, ne se touchent pas, mais s’observent du coin de l’œil.

Les plus petites sculptures de Laurence De Leersnyder ont été déposées sur une structure en bois. Elles l’habitent à la manière des stalagmites et des stalactites au fin fond d’une grotte qu’elles seules connaissent suffisamment bien pour en comprendre les glissements, les flaques et les fondements. Ces Fragments d’atelier s’y sont déposés délicatement, en prenant tout le temps nécessaire pour appliquer aux replis qui leur donnent leur forme la rondeur patinée du granit creusé par le ruissellement des pluies de gouttière.

En face, une stèle semble avoir réagi à l’inverse des autres sculptures aux actions de l’artiste. Peut-être fut-elle bien plus grande, mais aujourd’hui ne subsiste qu’un morceau de Colonne grignoté de toute part, rongé, presque évidé, comme s’il avait été attaqué par un mulot amateur de tuffeau.

Les dessins de Sebastian Gögel sont moins tendres d’apparence. Il y a quelque chose des gueules cassées dans cette dureté. Les mâchoires sont en acier, les profils tranchants, presque tous ont l’air d’avoir été retapés par un ferrailleur. Ces Figures ne sont pas pour autant inquiétantes. La désuétude de leur mise et le soupir quasi dada qu’ils soufflent atténuent les bosses de leur carapace. D’ailleurs, ils ne serrent pas les rangs ; c’est presque timidement et sans aucune attitude bravache qu’ils lèvent leur regard sans paupières pour répondre aux appels lancés par les sculptures.