Entrer pour la première fois dans le nouvel espace de la Galerie Gaudel de Stampa après avoir si longtemps fréquenté la rue Vaucouleurs est une surprise. Une surprise logée comme un jaune d’œuf dans un écrin blanc, cubique et sous verrière, donnant le sentiment d’être à demi enterré, seulement accessible par un passage dérobé.

Une prison : une cour de promenade bardée de marques, de trous, de vis et d’interstices usés par les passages répétés. Les œuvres de Jonathan Binet y sont accrochées comme des échelles de fortunes posées en vain sur d’infranchissables palissades. Les toiles bleues et écrues pendent, immobilisées dans le silence invaincu de la nouvelle galerie.

L’exposition raconte l’arrivée à Rochefort du futur comte de Monte-Cristo. Aucune échappée n’est encore possible. L’espace est resserré, comprime le travail de Jonathan Binet et l’astreint à une expression tendue et ferme. Les mouvements y sont beaucoup plus courts, presque absents. L’artiste a dû replier sur elles-mêmes les formes qu’il a l’habitude de jeter d’un côté à l’autre de la pièce. Partout les marques laissées par ses tentatives d’investir le lieu témoignent de sa recherche systématique pour trouver une diagonale. Le plan carré du sol lui en impose deux. Elles sont symétriques, ce qui dans son travail signifie qu’elles sont inexploitables ; sauf à rentrer dans le rang et prendre son tour dans le sens de la marche de la cour de promenade.

Impossible de s’y résoudre.

Jonathan Binet a, semble-t-il, tout fait pour s’évader. Mais il n’y est pas parvenu. Restent les cicatrices et les radeaux de fortunes qu’il a échafaudés. Reliant certaines marques entre elles, ils composent des constellations imaginaires rangées méthodiquement, chacune à sa surface de mur. Le comte de Monte-Cristo n’a pas encore pris la mer.