François Malingrëy fait une peinture d’histoire. Sèche, muette, elle se déroule dans une campagne de ciels beaux comme un automne pluvieux, pleins et souples, sans ombres ni soleil. Mais toute l’eau qu’ils contiennent n’est que menace, la verdure souffre de la sécheresse ; les foins, les herbes à vache et le gazon ont cru jusqu’à plus soif mais à présent, arrivés au mieux de ce qu’ils pouvaient faire, ils sont sur le point de se flétrir et voir leurs verts sombrer lentement, plombés de jaunes, de gris et parfois de bruns. Les protagonistes y déambulent à demi-nu, pudiquement vêtus d’un vêtement noir dont la toile parfaitement opaque transforme les gestes en silhouettes et l’attente en monuments. De ces masses sombres s’extirpent des corps terreux et tannés. Même pour les plus jeunes ils semblent avoir retenus depuis longtemps toutes goutes de transpiration. De l’intérieur, rien ne transparait. De l’extérieur, les peaux sont creusées de non-dits estivaux que la lumière écrue, matinée de bleus, a gravés dans l’expression des muscles, du gras et des tendons. On peut y lire, comme dans les pierres taillées au frontispice des églises romanes, l’heure grave vers laquelle ils se dirigent. Pour l’éternité elle est imminente.

Dans la peinture de Marion Bataillard les images se faufilent comme des reflets sur une mare. Elles y adviennent pleines d’ambiguïtés et d’erreurs optiques. Au fond courent des carpes et leurs bulles déforment l’espace et les couleurs pour les porter dans un entre deux où les pensées malignes s’épanouissent et se repaissent d’une salade composée de nos plaisirs et de nos déplaisirs. L’eau qui les porte les rend insaisissables. À chaque fois que l’on plonge une main pour s’en saisir, les pensées chassent et deviennent autres. Avec elles la nudité devient un tunnel dans lequel on aurait passé la tête, et comme dans un de ces pulls chaussettes qui grattent et qui piquent, impossible de se dépêtrer de la chose. En allant de l’avant naissent dans le sillage de nos membres de nouveaux espaces et de nouvelles couleurs. Ils prennent des formes que l’artiste se plait à peindre et fixe tels des sourires dans l’obscurité.