Les maîtres depuis longtemps partis, la chapelle fut déconsacrée, la maison ouverte et l’atelier rempli de la lumière du fleuve.

L’air frais qui règne sert de décor au repas des ouvriers. Du fatras en chantier de feu l’église, au parapet en fer forgé du balconnet – plaques de plâtre délicatement émaillées aux motifs de carreaux de salle de bains, interstices jaunis inclus, brocolis ou saucisses –, la céramique habite Moly-Sabata, les œuvres y étant partout chez elles.

Les hôtes offrent ainsi aux reliefs mangés à la disqueuse et parcourus de fils électriques pendouillant en d’inélégantes multiprises de Neïl Beloufa la faveur d’être réchauffés par la laine des tapis tissés d’après les compositions cubistes d’Albert Gleizes. À demi déroulés, ils préfigurent le sentiment de douceur qui s’éternise à mesure de la visite. C’est que le rapport de ce que l’on voit à ce que l’on devine n’est pas entretenu par la frustration, mais à la manière pudique d’une invitation à prendre son temps. Et du temps, les travaux en demandent beaucoup, d’autant qu’ils sont constamment arrêtés par les repas ; on y mange sur le pouce, les Steak et les Galettes St-Michel d’Octave Rimbert-Rivière, les crustacés d’eau douce d’Elsa Sahal, les repas estudiantins de Cécile Noguès et, au petit matin, le Breakfast avec Sarah Tritz. À terre, des coussinets verts luisent comme des sachets de chips nonchalamment égarés.

On entre dans la maison : une table est dressée dans l’antichambre. L’espace, précieux et rustique, est parsemé d’œuvres posées en anecdotes qui ne demandent qu’à être narrées. Chaises et bancs partagent leur confort, partout la vie des occupants réclame aux visiteurs un moment d’attention. Les vaisselles d’Anne Dangar et de Jean-Baptiste Bernadet  invitent à la convivialité : il y en a autant d’assiettes que d’invités potentiels. Aux ogres, on y propose les pains de Gabriel Méo, aux timides la peinture derrière paravents de Mireille Banc, aux contemplatifs les collections de pierres précieuses de Nadia Agnolet.

Quelques urgences expliquent cette indolence : la plomberie tout d’abord, Colombe Marcasiano la conçoit en rampes et javelots ; les gravas ensuite, rangés en alphabet sur des pans de feutrine de déménagement, patientent les brisures de céramique de Benjamin Hochart ; l’isolation enfin, le bruissement de l’eau filtrant malgré les mousses de Clémence Seilles. Le risque n’étant pas que l’on prenne froid, mais – plus grave – que l’on puisse passer à côté sans s’y arrêter.