L’exposition de Gérard Traquandi à la Galerie Laurent Godin déborde de dessins ; Jusqu’au plafond. À l’encre tout d’abord, mille arabesques pour faire apparaître d’un nœud, un Christ, une haie de roses, une Vierge à l’Enfant, un élément d’architecture ou un buisson. Puis des aquarelles plus abstraites, des grilles et des herses, des fleurs et des tâches, des lavis, et encore des feuillages.

Ils y remplissent tout l’espace, rangés côte à côte, un peu la manière d’un cabinet de curiosités. On y trouve le même goût de l’accumulation, la même tentation d’exhaustivité. Pourtant l’expérience y sensiblement différente. L’ordre qui règne dépasse largement les caractéristiques habituelles d’un tel accrochage. En premier lieu parce qu’ici l’œil est apaisé. Dans cette salle carrée, chaque feuille trouve une logique propre dans l’enchaînement circulaire du regard. Les triangulations entre les dessins n’exigent que quelques pas, et rendent toutes les combinaisons de rapprochements aisées.

De plus, l’accrochage fonctionne comme un éclaté en anatomie. La cohérence d’un corps s’expliquant grâce au démantèlement scrupuleux de toutes ses parties ; l’observateur comprend de quelle manière s’articule un os à un autre, comment les muscles travaillent en exerçant leur force un point fonction d’un autre. Il en va de même avec cette exposition. Là où il pourrait n’y avoir qu’un tas de carnets à dessins, dont on aurait spontanément envie d’apprécier les moments sous la forme d’une suite, l’étalement en mots croisés favorise le recoupement des idées et de formes. Les séries de dessins, disposées en surfaces, verticales et horizontales, se répondent et ouvrent spontanément des possibilités de lectures nouvelles.

Parti d’un groupe de six dessins verticaux au crayon figurant des ravins ou des pics rocheux, on peut, par association visuelle, s’enrouler dans l’escalier François Ier du château de Blois, passer par une descente de croix cinq fois reprise, et terminer dans la fraicheur enrubannée d’une treille de lianes rosifères.

Voilà, enfin, ce qu’est un atlas mnémosyne : une recherche, et non pas une esthétique de la recherche.