Intime, l’exposition Fernand Léger dans la chapelle de L’Oratoire à Nantes surprend par le caractère discret qui s’en dégage. D’une œuvre à l’autre, modestie et préciosité se conjuguent pour dévoiler, en l’absence de la part tonitruante du travail de l’artiste, la finesse enfantine du bric-à-brac qui encombre les tiroirs de son atelier. Entre les morceaux de couleur découpée trainent des outils, de petits objets, une collection de jeux de clés dont aucune ne correspond à la Serrure démontée, une Joconde en médaillon, des cerneaux de Noix, des chapeaux mous, et puis un formidable herbier où sont rassemblés avec la même attention, feuilles de chêne, feuilles de houx et motifs de papiers peints fanés.

Partout dans ces tableaux la lumière repose. Celle-là même qui, sur la table de travail de l’artisan debout de bonne heure, emporte avec elle les siestes de début d’après-midi. Nature morte au compas est la rencontre d’un bleu gris et d’un rouge brique sur une métrique de noir et blanc ; parmi les outils de mesure y flotte le motif d’une fleur d’ail. Calme, presque somnolente, la scansion horizontale de la composition évoque l’instant de flou qui passe sur l’esprit distrait à la seconde où l’objet de sa concentration disparaît. Et effectivement, il disparaît. Le tableau fait écran.

Une salle de l’exposition est réservée aux dessins. Trésors à l’encre noire, parfois rehaussés de gouache, ces papiers aux objets hétéroclites foisonnent de trouvailles. Le trait se caractérise par la densité du coup de plume ; toujours des plus économes, aucune emphase ne perturbe l’observation. Léger fabrique des masses aux formes précieuses ; Silex, Troncs d’arbre, coquilles, objets non identifiés, Femme et rose, sont transcrits sur le papier – aussi incroyable que cela puisse paraître – avec rigueur et frivolité.