Larges dessins industriels, trop importants pour être destinés à une lecture nez à nez, pleins d’aspérités et riches d’une peau peinte avec le souci de ses épaisseurs, les tableaux d’Anne Neukamp maintiennent les observateurs en équilibre entre paresse et digression.

C’est la composition qui intervient en premier. Elle surgit du rassemblement des signes qui la constituent, mue par le magnétisme qui associa sans hésitation formes et symboles pour construire le tableau. La tension qui en résulte leur donne l’air d’avoir été électrisés, saisis de toutes parts d’un flux vif et pétrifiant. Phénomène analogue à celui de la formation des minéraux, de l’extrême pression des profondeurs naît la transparence du toucher, la dureté des couleurs.

On y distingue des boucles enrubannées, des icônes, des logos que tiennent des mains schématiques semblables à celles qui indiquent les directions : toute une gestuelle protocolaire, à la fois évidente, immédiate et illisible. Plus on en cherche le sens, plus ces hiéroglyphes que l’on croit informatifs nous donnent l’impression de nous trouver à la place d’un archéologue déterrant pour la première fois les pictogrammes ornant des portes d’antiques toilettes. Or ces surfaces, ces stèles, ne sont pas que mystérieuses, ce sont aussi de formidables moments d’érosion, comme si leur surface avait accompagné leur sens dans sa déperdition de limpidité. L’entre-deux que l’on pressent en observant les tableaux frontalement et qui, aidé par la lumière rasante, se révèle une fois que l’on se positionne de biais, combine des moment frais à des moments abîmés, des choses rêches et d’autres souples. Par endroits, des rainures, où s’engouffrent puis ruisselle le regard, accroissent le désir de voir au plus près le travail de l’artiste. À d’autre, on découvre une usure, un poli, des interstices et des dénivellations sur lesquels on voudrait passer les doigts pour les arpenter à l’aveugle.

Peut importe alors de savoir ce à quoi l’on fait face ; peut importe, tant que l’on est pas repris par les renaissances indicielles qu’Anne Neukamp à mis tant de tallent à enfouir à fleur dans le grain de la toile.