La Galerie Nelson-Freeman expose trente-cinq ans d’expérience sur la couleur de Jan Dibbets. Ces photographies procèdent d’une même démarche, toute simple, qui consiste en des plongeons très rapprochés dans des détails colorés, zébrés de reflets, parfois marqués de rouille, et semblant provenir de carrosseries.

Une fois recadrés, l’artiste les étire dans des tirages de grands formats, allongés et dont des rapports rappellent ceux de la peinture européenne d’après-guerre, de la seconde école de Paris, abstraite, gestuelle et tachiste. Les images sont proches de la taille humaine, grande comme des corps, elles enveloppent, mais ne l’engloutissant pas encore. Inversement, le traitement des couleurs, leur étalement dans un mouvement qui semble dépasser les bordures du cadre, leur monochromie, limpide et sans limites, évoque immédiatement la peinture américaine.

Dans ses images, Jan Dibbets concentre ces recherches, il se les approprie, les cite, comme s’il refaisait pour lui même le tour de la question et que, pour aller plus vite vers ces résultats, il avait choisi de simplement les retrouver en les photographiant, essayant à chaque fois d’accéder le plus directement au condensé de ces pensées. L’observateur est saisi entre ces deux sources de référence, penchant en alternance d’un côté ou de l’autre, comme entre deux aimants fixes et opposés.

Tout dans l’aplat rouge rayé de bleu de New colorstudy, Scratched red évoque Olivier Debray, la couleur lissée, boursouflée par endroits, la crotte d’oiseau… la progression orageuse du gras et du sec. Mais plus loin, face à New colorstudy, Green, c’est Barnet Newman qui prend la main ; le long zip qui découpe l’image à l’extrémité gauche attrape l’œil aussi certainement que l’entrebâillement d’une porte appelle un courant d’air.

À l’étage, la rythmique des retrouvailles se complique encore ; trois œuvres New colorstudy, Silver grey, Yellow et Dark green incorporent les grossissements de touche de peinture des BMW Paintings de Richter dans la tresse de filiations que fabrique Jan Dibbets. À New York et Paris, il ajoute Düsseldorf, laissant ainsi s’écarteler un peu plus son goût pour la couleur et l’histoire de l’art. Et c’est bien volontiers que l’on parcourt à nouveau les salles d’exposition pour rebondir avec lui d’une observation à une autre dans un jeu de l’oie artistique aux multiples visages.