Il n’y a aucune présence humaine ou animale dans Métamorphoses, l’actuelle exposition de la Galerie Laure Roynette. Par contre, on y trouve des traces, des lieux et des objets, tous empreints d’un changement que l’on devine sans parvenir à en comprendre la nature.

Les quatre dessins au fusain d’Alain Deswarte figurent chacun une Roche Marine. Des roches qui, par leurs positions, leurs formes et leurs matières, semblent être nées d’un mouvement. Peut-être furent-elles un jour, météorites, coquillages ou sommets de montagnes. Peu d’indices permettent de se prononcer. Seule leur extrême minéralité ressort de l’épais brouillard de poussières blanches, que le travail tout en lacunes de l’artiste crée sur le papier blanc. Cette épaisseur, aussi factice soit-elle, accentue sensiblement la distance avec l’observateur. Comme si les océans, auxquels ces roches ont été arrachées, continuaient à occuper l’espace autour d’eux.

Au sol de la galerie, de gros morceaux de charbon ont été déposés par Charlotte Pringuey-Cessac. En les voyant, on a l’impression de découvrir les restes carbonisés d’un grand incendie après que quelqu’un soit venu faire le ménage. Les blocs gisent par terre selon un arrangement qui relève d’un hasard bien ordonné, alors que tout autour, pas la moindre poussière, ni le moindre résidu n’explique leur venue. Là encore, on a le sentiment d’être face à des traces aux passés lointains, comme si elles étaient les reliques préservées d’un événement dont nous avons perdu la mémoire. De ces restes, pas un seul n’indique ce qu’il avait pu être auparavant. Leurs formes de polygones suggèrent Dürer plutôt qu’un quelconque objet ménager. D’ailleurs, tous portent le nom de Mélancolie – sauf qu’ici la mélancolie a pris feu. Et ce feu purificateur, joyeusement orchestré par l’artiste, n’a pas réussi à éteindre la charge mélancolique que portent ces prismes. Leurs facettes ont beau être ébréchées, fendues par la chaleur qui les a travaillée, rien de leur contenu n’a disparu, leurs humeurs noires ne sont pas moins noires et la mémoire de leur passé persiste à nous questionner.

Ailleurs, le bleu du ciel des tableaux de Marion Davout nous fait relever le regard. C’est un ciel bleu clair, un de ces ciels d’après l’orage, quand on se dit que le pire est derrière soi. La verdure a commencé à reprendre le dessus, les feuillages se redressent, et progressivement réinvestissent le ciel qui, il y a peu, leur faisait courber l’échine. Ces peintures portent le titre de ce qu’elles dépeignent, Le Bois, Le Mur, Les Fils, L’escalier. Ces éléments sont plus des indices qu’une présence. Ils ne sont pas cachés. Ils se fondent dans la peinture, qui marque un temps d’arrêt avant la prochaine métamorphose.