Julien Nédélec est-il de ces enfants qui, armés d’une bâton de bois surmonté d’un filet de mousseline, arpentaient la campagne en courant après de petits volatiles aux ailes colorées ? Dans ce cas, il dû souvent rentrer bredouille…

Pour son exposition personnelle au musée des Beaux-Arts de Mulhouse – en tant que lauréat de la Biennale  de la Jeune Création de Mulhouse 2010 –, Julien Nédélec nous présente « sa » collection de petites bêtes. Tous les murs sont couverts de ces boîtes utilisées par les naturalistes et les entomologistes. Bien alignées et disposées, rangées en ordre, elles invitent à l’étude attentive et studieuse des trésors qu’elles renferment.

Mais en lieu et place de papillons, insectes ou autres coléoptères, ce sont des dépouilles de papier coloré aux formes géométriques – ronds, carrés, triangles,… –  qui ont été épinglées. Nédélec construirait-il un cabinet de curiosités pour amateur frileux – amateurs matheux ? – ou seulement une collection de rêve pour enfant rêveur. Au centre de la pièce, trois sculptures semblent posées dans des vitrines aux arrêtes de laiton doré, mais aucune vitre ne vient protéger ces sortes de gemmes gigantesques. Des pierres précieuses qui n’ont pas été extraites de la roche mais taillées par l’artiste industrieux. Les surfaces lisses largement facettées renvoient la lumière qui donnent un certain éclat aux formes opaques.

Avec un humour bon enfant, l’artiste joue avec les codes du display et de la construction des savoirs. Faut-il encore rappeler le lien entre les pratiques de mise en ordre du monde et des connaissances et les débuts de la muséographie en tant que système de classement ?

Pour ceux qu’une escapade alsacienne rebuterait, une exposition qui se tient actuellement à l’Institut national d’histoire de l’art à Paris, modeste par la taille mais de grande conception scientifique, met parfaitement ces questions en lumière, en s’intéressant  à Dezallier d’Argenville, un naturaliste également historien de l’art. Ses travaux comprennent des Histoire naturelle, un traité de Théorie et pratique du jardinage, ainsi qu’un Abrégé de la vie des plus fameux peintres, indices d’un esprit non seulement curieux mais pour qui art et sciences naturelles allait de pair. Dans le petit espace de la salle Roberto Longhi, les spécimens, disposés sur un long comptoir évoquant ceux des marchands du xviiie siècle, côtoient des gravures représentant cabinets de curiosités et autres espaces de collection. Les idées sont les mêmes, seuls les objets changent.

Mettre le monde en boîte est une ancienne – et vaine – tentative.