Voilà un nom que l’on entend murmurer depuis longtemps dans les couloirs de psychanalystes. Le sculpteur autrichien a une belle légende, voire même une aura auprès de ceux qui affectionnent les bizarreries. On le retrouve aujourd’hui au Louvre, un peu à la façon des mea culpa qu’opèrent de temps en temps les musées à l’égard de certains oubliés.

L’exposition commence par un buste de l’impératrice Marie-Thérèse en bronze doré. Il déborde de ciselures et de drapés et impose d’emblée l’habileté de l’artiste. Quelques portraits de la même époque forment avec elle un pendant, mais ceux-ci sont d’une sobriété presque inquiétante. Les visages apparaissent pétrifiés dans leur absence d’expression, il n’y a que leur forme, et rien d’autre pour en égayer les traits.

Viennent en suite les têtes de caractère. Elles sont étonnantes dans leurs plis et leur torsion, le rendu de la peau fait songer à des torchons noués. Parmi elles, quatre autoportraits où l’artiste ne se ménage pas pour faire apparaître ses humeurs. Dans celles-ci, la chevelure est mise à profit et varie selon les têtes. Il est d’ailleurs amusant de voir que la tête dite “doux sommeil paisible” soit coiffée en arrière et ébouriffée.

Dans une dernière et grande salle, une quinzaine de têtes. Toutes d’homme, il semble que le sculpteur n’ait que très peu porté son attention sur la gent féminine, que ce soit dans sa vie privée ou dans son travail. La plupart de ces têtes sont totalement chauves et glabres. De temps en temps, les expressions sont associées à la position du cou. On trouve au milieu de ces têtes de la douleur, de l’hystérie et des débiles. Il faut franchement s’appliquer pour réussir à reproduire sur son propre visage une seule de ces expressions tant elles sont extrêmes. Les commissaires auraient d’ailleurs eu beau jeu à placer des miroirs sur le passage des visiteurs hébétés.

L’exposition fait évidemment le rapprochement entre les travaux de l’artiste et le goût de l’époque pour l’étude de la physiognomonie. Mais elle ne s’attarde pas sur la question. De toute manière ces visages parlent d’eux-mêmes. Et ce, bien qu’ils aient pratiquement toujours les lèvres pincées et une attitude rentrée. Ce qui les habite est coincé à l’intérieur. Et face à eux on ne peut que spéculer de l’extérieur.