Larry Clark dont c’est la première rétrospective à Paris dévoile dans cette exposition une très grande partie de son travail et même plus, puisque sont aussi présents certains travaux de sa mère, quelques inédits de ses débuts ainsi que photographies et vidéos les plus récentes.

Le développement de tous ses travaux, allant des années soixante pour les photographies prises par l’artiste à Tulsa jusqu’à celles figurant Los Angeles et sa jeunesse, s’attache à l’adolescence à laquelle est retenu l’artiste comme par un élastique. Il y revient toujours. On sent pourtant que l’homme qui prend ces photos change au cours des séries et des années.

Les premiers clichés, terribles, montrent une jeunesse désemparée, prise en scène dans l’attente de quelque chose qui ne vient plus. Les photographies accompagnent les adolescents dans une boulimie d’émotions et dans la course à l’expérience rageuse de leurs propres corps. Plus loin les modèles semblent rajeunir au passage à la couleur ; Larry Clark joue plus avec eux, à l’évidence il est lui-même de moins en moins son propre modèle. Pour Larry Clark 1992 il décide ne plus sélectionner, et de conserver toutes les prises de ses séances. L’une d’elles est présentée et couvre tout un mur de ses vues d’adolescent jouant au suicide. Fébriles, ces photos nous poussent à remettre en cause la radicalité de ses actes. Bien contre nous, nous ne pouvons ne pas deviner le sourire du sujet s’adonnant méthodiquement à sa propre mise à mort.

La dernière série proposée expose les jours d’un jeune skater des rues de Los Angeles. Jonathan Velasquez, dans une lumière toujours heureuse, n’est pas montré sous l’angle du naufrage de son quotidien. La laideur et les artifices de celui-ci ne sont que des éléments périphériques, ce n’est pas non plus les peurs face aux murs que nous dévoile le photographe. La série commence d’ailleurs par une photo qui n’a probablement pas été prise par l’artiste, on y voit Jonathan bébé au bain, nu dans une bassine.

En repassant devant les première séries, les revoyant on se demande si là aussi il y avait de la tendresse. Pas sur que l’on puisse la percevoir, mais, dans l’aller-retour que constitue l’exposition, le regard que l’on pose sur ce travail se nuance et se contraste. Tout ici est vrai, mais si ça ne l’était pas ?